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🌳 Les oghams : l’alphabet sacré des Celtes entre écriture, nature et divination

Parmi les héritages spirituels des peuples celtiques, l’ogham occupe une place à part. À la fois alphabet ancien, système symbolique et outil spirituel, il relie l’humain à la nature, aux ancêtres et aux cycles organiques. Bien plus qu’un simple mode d’écriture, l’ogham est souvent considéré comme un langage sacré, porteur d’une sagesse transmise à travers la nature environnante. Aujourd'hui je vous propose un petit voyage au sein des savoirs que nous ont transmis ces peuples, alors installez vous confortablement car nous partons pour un petit voyages d'une dizaine de minutes !



🌀 Origines et histoire des oghams


Parmi les différents systèmes d’écriture anciens qui peuplaient l'Europe, l’ogham y occupe une place singulière. Souvent décrit comme l’une des écritures les plus énigmatiques de l’Antiquité tardive, il est parfois surnommé « l’alphabet de l’arbre celtique », en raison de l’association symbolique entre ses lettres et le monde végétal (Monde qui avait une certaines importance chez les Celtes). Son utilisation est attestée principalement entre le IVᵉ et le Xᵉ siècle, dans les territoires celtiques insulaires (l'Irlande, l'ouest et le nord de la Grande-Bretagne (Pays de Galles, Écosse et Cornouailles), l'île de Man et la Bretagne).


Le terme ogham désigne avant tout les caractères eux-mêmes, tandis que l’alphabet dans son ensemble est, pour être dans le plus juste, nommé Beith-luis-nion, d’après l’ordre traditionnel de ses premières lettres le composant. L’origine exacte du mot ogham reste encore de nos jours débattue. Certains chercheurs ont proposé un lien avec Ogme (ou Ogma), divinité irlandaise associée à l’éloquence, à la connaissance et au langage, mais cette hypothèse demeure incertaine et largement discutée dans le monde académique.


À l’origine, l’alphabet oghamique se composait de 20 lettres, organisées en quatre groupes de cinq, appelés des "aicme". Chaque groupe/aicme portait le nom de sa première lettre.

Un cinquième groupe, ajouté ultérieurement, porta le total de caractère à 25 lettres, enrichissant le système déjà existant sans en modifier la structure fondamentale.


Les lettres se présentent toujours sous la forme de traits gravés autour ou le long d’une ligne centrale (comme une arbre qui a son tronc centrale et des embranchements sur le côté), un choix graphique qui nous suggère un usage initial sur des supports naturels comme le bois, mais aussi sur la pierre, matériau grâce auquel les oghams nous sont parvenus le plus souvent.


À ce jour, on recense environ 400 à 500 inscriptions oghamiques, principalement en Irlande et en Grande-Bretagne. Dont le plus grand nombre a été découvert dans le Pembrokeshire, au Pays de Galles. D’autres inscriptions se trouvent dans le sud-est de l’Irlande, en Écosse, dans les Orcades, sur l’île de Man, ainsi qu’à la frontière entre le Devon et les Cornouailles.


Usages linguistiques et fonctions sociales

L’ogham servait à transcrire plusieurs langues anciennes, notamment l’irlandais archaïque, le vieux gallois et parfois mais plus rare, le latin. Les inscriptions connues sont presque exclusivement composées de noms de personnes, de filiations ou de marques de possession foncière, suggérant un usage juridique, territorial ou mémoriel de cet alphabet.

Ce caractère apparemment utilitaire n’exclut absolument pas une dimension plus profonde. Le système oghamique s’inscrit dans une tradition médiévale appelée Briatharogam, qui attribuait à chaque lettre un nom d’arbre et qui, avec lui, apportait un ensemble de significations symboliques, renforçant l’idée que l’écriture était aussi un vecteur de savoir sacré et de transmission initiatique à l'image des runes pour les anciens peuples scandinaves.



🌿 Théories sur l’origine de l’ogham


L’origine exacte de l’ogham demeure malheureusement incertaine, mais plusieurs théories coexistent du côté académique. Cette pluralité s’explique notamment par les ressemblances graphiques et conceptuelles de l’ogham avec d’autres systèmes anciens, comme les runes germaniques, l’alphabet latin, le vieux futhark ou encore l’alphabet grec.


1. L’ogham comme alphabet cryptique irlandais

Certains chercheurs, dont James Carney et Deirdre MacNeill, avancent que l’ogham aurait été conçu par les Irlandais eux-mêmes comme si en réalité elle était une écriture volontairement cryptée. Selon cette hypothèse, il aurait servi à transmettre des informations politiques, militaires ou religieuses tout en restant illisible pour ceux qui ne maîtrisaient que le latin ou la langue locale.


2. Une invention des premiers chrétiens irlandais

Pour Damian McManus, l’ogham lui, serait né dans un contexte chrétien primitif. Les premiers lettrés irlandais auraient cherché un système capable de transcrire plus fidèlement les sons spécifiques de leur langue, jugés incompatibles avec l’alphabet latin classique que nous connaissons.


3. Une origine galloise liée au bilinguisme

Une autre théorie situe la naissance de l’ogham dans l’ouest du Pays de Galles, au IVᵉ siècle. Il aurait alors servi comme une sorte de pont linguistique entre le latin et l’irlandais, dans un contexte de mariages et d’échanges culturels entre Romains et Bretons romanisés. Cette hypothèse expliquerait la présence d’inscriptions oghamiques bilingues qui ont été retrouvées.



4. La théorie druidique continentale

Enfin, voici une théorie plus ancienne, défendue notamment par Robert Alexander Stewart MacAlister, proposait une origine beaucoup plus ancienne, en Gaule cisalpine (partie de la Gaule qui couvrait l'Italie du Nord et le sud de la France), vers 600 av. J.-C. L’ogham aurait alors été conçu par des druides gaulois comme un langage avant tous gestuel et oral, qui, transmis pendant des siècles avant d’être fixé par écrit en Irlande chrétienne.

Cette théorie associe les traits oghamiques que l'ont peut retrouver d'une part et d'autre du trait central aux doigts de la main, chaque groupe correspondant ainsi à une séquence gestuelle. Toutefois, aucune preuve archéologique ou linguistique ne vient aujourd’hui étayer solidement cette hypothèse.



🌿 L’ogham et la tradition druidique

Dans la culture celtique, les druides occupaient une place centrale : gardiens du savoir, de la loi, des rituels mais aussi de la mémoire collective. L’ogham aurait servi de support mnémotechnique, permettant de conserver et de transmettre des enseignements complexes sans les fixer entièrement par écrit sur du papier.


Ainsi chaque lettre oghamique est associée à :

  • un arbre ou une plante sacrée,

  • une énergie particulière,

  • un principe spirituel ou symbolique.


De cette manière, l’ogham n’est pas seulement un alphabet : c’est une cartographie du vivant, où la nature devient elle aussi un langage.


🔮 L’ogham comme outil divinatoire et spirituel


Au-delà de son usage épigraphique, l’ogham est aujourd’hui largement utilisé dans un cadre ésotérique et divinatoire, à l’image des runes nordiques ou bien du tarot et des oracles.


Dans la pratique contemporaine :

  • les symboles sont gravés principalement sur des bâtonnets de bois, souvent issus de l’arbre correspondant à la "lettre",

  • ils sont tirés au sort pour répondre à une question ou explorer une situation,

  • l’interprétation se fait avec la signification du symbole, de l’intuition et du contexte.


L’ogham peut être également employé en :

  • méditation guidée,

  • travail énergétique avec les arbres,

  • création d’amulettes et talismans,

  • rituels saisonniers liés aux cycles celtiques.



🌳 Structure de l’alphabet oghamique


Comme nous l'avons vu un peu plus tôt, l’alphabet oghamique traditionnel comprend 20 lettres principales, réparties en quatre groupes de cinq, appelés aicme. Un cinquième groupe, ajoutée plus tard, monte le total de caractère à 25 oghams : ce sont les Forfeda.


Ainsi, chaque lettre incarne une énergie vivante, applicable à la vie quotidienne, à la guérison, à la magie et à la croissance spirituelle.


🌱Résumé du symbolismes de l'oghams



1. Beith – Le Bouleau

Énergie : renouveau, purification, nouveaux départs.

Arbre des commencements, le bouleau accompagne les transitions et aide à se libérer du passé pour ouvrir un nouveau cycle.


2. Luis – Le Sorbier

Énergie : protection, intuition, clarté.

Traditionnellement protecteur, le sorbier soutient le discernement et l’éveil des perceptions subtiles.


3. Fearn – L’Aulne

Énergie : courage, stabilité intérieure.

Arbre des terrains instables, l’aulne enseigne la force dans l’adversité et la capacité à tenir bon.


4. Saille – Le Saule

Énergie : intuition, émotions, cycles lunaires.

Lié à l’eau et à la lune, le saule favorise la guérison émotionnelle et l’écoute intérieure.


5. Nion – Le Frêne

Énergie : sagesse, destin, connexion entre les mondes.

Arbre cosmique, il relie les plans spirituels et invite à comprendre son chemin de vie.



6. Huath – L’Aubépine

Énergie : transformation, passages initiatiques.

Souvent associée aux seuils et aux épreuves nécessaires à l’évolution.


7. Duir – Le Chêne

Énergie : force, sagesse, autorité spirituelle.

Pilier du monde celtique, symbole de stabilité et de protection.


8. Tinne – Le Houx

Énergie : persévérance, défense, endurance.

Il soutient dans les périodes de lutte et renforce la détermination.


9. Coll – Le Noisetier

Énergie : connaissance, inspiration, sagesse cachée.

Arbre de la connaissance sacrée et des révélations.


10. Quert – Le Pommier

Énergie : amour, abondance, harmonie.

Associé à l’Autre Monde et aux îles mythiques d’Avalon.


11. Muin – La Vigne

Énergie : prophétie, vérité intérieure.

Invite à explorer les mystères et la sagesse intuitive.


12. Gort – Le Lierre

Énergie : persévérance, lien, équilibre.

Symbolise l’attachement sain et la continuité.


13. Ngetal – Le Roseau

Énergie : clarté, direction, guérison.

Aide à aligner ses choix avec sa vérité profonde.


14. Straif – Le Prunellier

Énergie : épreuves, protection, renaissance.

Les crises comme moteurs d’évolution.


15. Ruis – Le Sureau

Énergie : fin de cycle, mort symbolique, renaissance.

Accompagne les grands passages de vie.


16. Ailm – Le Sapin

Énergie : clarté, protection, verticalité.

Relie l’humain aux forces célestes et ancestrales.


17. Onn – L’Ajonc

Énergie : expansion, ouverture, vitalité.

Invite à embrasser les changements avec confiance.


18. Ur – La Bruyère

Énergie : amour spirituel, lien sacré.

Favorise la connexion entre les plans.


19. Eadha – Le Peuplier

Énergie : adaptabilité, transformation.

Accompagne les mutations intérieures.


20. Idho – L’If

Énergie : éternité, ancêtres, mystères.

Arbre des cycles de vie et de mort, gardien du seuil.



🌿 Les Forfeda : les 5 lettres additionnelles


Les Forfeda (parfois orthographiés Forfidha) enrichissent la lecture oghamique originelle en ajoutant des nuances plus subtiles, souvent liées aux transitions et aux états intermédiaires. Donc, avec le temps, cinq caractères supplémentaires sont venus enrichir l’alphabet.

D’un point de vue historique, les Forfeda sont peut-être introduits durant la période chrétienne médiévale. Leur graphie diffère légèrement des vingt premières lettres, ce qui confirme nune fois de plus leur caractère additionnel. Mais sur le plan symbolique et ésotérique, les Forfeda occupent une place un peu plus particulière.

Si les vingt premières lettres sont souvent associées à des arbres dans la tradition du Briatharogam, les Forfeda sont parfois liées à des plantes plus rares, à des essences spécifiques ou à des dimensions plus subtiles du savoir. Elles représentent en quelque sorte une extension du système, une ouverture vers des niveaux plus profonds ou plus nuancés de compréhension.


Avant de les explorer une à une, il est donc intéressant de les percevoir non seulement comme un ajout technique à l’alphabet, mais également comme le reflet d’un savoir vivant, capable d’évoluer avec le temps et les besoins de ceux qui l’utilisent.


21. Éabhadh – Le Tremble (ou Peuplier)

Énergie : intuition subtile, mondes invisibles, frémissement intérieur.

Arbre du murmure et des messages cachés, il invite à écouter ce qui ne se voit pas.


22. Ór (Oir) – Le Genêt

Énergie : clarté, révélation, illumination.

Plante de lumière et de discernement, elle dissipe la confusion et éclaire le chemin.


23. Uilleann – Le Chèvrefeuille

Énergie : liens, attachement, connexions d’âme.

Plante des entrelacs et des unions profondes, elle parle des relations qui transforment.


24. Ifín (Iphin) – L’Aubépine (association tardive)

Énergie : passage, transition, initiation.

Arbre des seuils et des transformations, il accompagne les changements de cycle.


25. Eamhancholl – Le Noisetier jumeau

Énergie : sagesse intégrée, maturation spirituelle, connaissance profonde.

Arbre de la compréhension élargie, il symbolise l’évolution et l’approfondissement du savoir.




🌙 Conclusion


L’ogham est à la fois alphabet, oracle et voie de sagesse. Il invite à ralentir, à écouter la nature/l'environnement et à reconnaître que chaque arbre, chaque symbole, porte une mémoire ancienne encore vivante de nos jours.

Travailler avec les oghams, c’est en quelque sorte renouer avec une spiritualité enracinée avec la vate celtique, intuitive et profondément connectée aux cycles du monde. Les oghams nous rappellent que chaque trait gravé, comme chaque pas sur notre chemin, porte une mémoire ancienne : celle d’un savoir vivant qui continue de murmurer à ceux qui prennent le temps d’écouter. Alors, après ce bref voyage, dit moi si toi aussi tu comptes les laisser entrer sur ton chemin !







📚 Sources et références

  • Damian McManus – A Guide to Ogam

  • Miranda Green – The World of the Druids

  • Robert Graves – The White Goddess (approche symbolique)

  • Christian-J. Guyonvarc’h & Françoise Le Roux – Les Druides

  • Textes médiévaux irlandais : Auraicept na n-Éces

  • Études contemporaines sur l’ogham et la spiritualité celtique

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