La vie après la mort chez les anciens scandinaves : un voyage au-delà des croyances nordiques 🐦⬛⚔️
- sorcellementvotre
- 16 déc. 2024
- 11 min de lecture
Les Vikings, ou ces navigateurs audacieux et guerriers redoutés, avaient une vision de la mort profondément enracinée dans leurs croyances et leur culture. Pour eux, la mort n'était pas une fin, mais plutôt la continuité d'un cycle : une transition vers d'autres royaumes où l'existence continuait sous d'autres formes que notre corps physique. Leurs rites funéraires, leurs conceptions de l'au-delà et leurs relations avec les défunts révèlent une spiritualité riche et fascinante, encore partiellement voilée par le mystère des temps anciens. Avant de commencer à lire cet articles, il est nécésssaire de savoir que ce qu'il nous reste de ces anciennes civilisations est transmis majoritaire par voie orale. Certaines découvertes permettent d'orienter les historiens vers des détails plus spécifiques, donc , il se peut que ce qui est exposé cet article de blog, puisse avoir une évolution dans le temps.
Cet article explore les traditions et les croyances vikings sur la vie après la mort, les interactions avec les morts, et les lieux mythiques où les défunts trouvaient refuge.

La conception de la mort à l’Âge Viking
Contrairement aux idées dualistes influencées par le christianisme, la vision de la mort à l’Âge Viking ne dissociait pas le corps et l’âme. Les Vikings croyaient que le défunt continuait de vivre pleinement, de manière corporelle, dans sa tombe. Celle-ci était perçue comme une passerelle entre le monde des vivants et le royaume des morts, où les deux dimensions restaient perméables aux échanges.
Cependant, cette proximité avec les morts était ambiguë : si les ancêtres pouvaient veiller sur leur descendance, il fallait aussi se prémunir contre les esprits insatisfaits susceptibles de troubler les vivants. Ainsi, le lieu du dernier repos était conçu plutôt dans l'idée d'être comme une demeure définitive, et non comme une oubliette, pour le mort qui "vivait" littéralement à proximité de sa famille. En effet, dans la grande majorité des cas, les cimetières se situaient à proximité des habitations ou des fermes familiales, généralement sur des terres impropres à l'agriculture là où la famille des défunts pouvait continuer de rendre hommages à leurs membres disparus.
Avant d'aborder le sujet de la mort après la vie, il faut prendre connaissance des différentes formes d'existence du corps qu'il y avait dans ces croyances. Dans les croyances nordiques, l'être humain est perçu comme un ensemble complexe constitué de cinq composantes fondamentales, chacune ayant un rôle spécifique et interconnecté dans l'existence physique et spirituelle :
Le Várðr (ou Vörd)
Le várðr représente l'énergie vitale, la force fondamentale qui anime toutes les formes de vie, des végétaux, des animaux jusqu'au humains. Il s'agit de l'essence même de la vie, comparable au souffle vital. Lorsqu'une personne meurt, c'est le várðr qui quitte le corps, signifiant la fin de la vie physique. Cette énergie est vue comme un lien primordial entre l'homme et la nature environnante.
Le Hamr
Le hamr est le corps astral, qui constitue une partie essentielle de l'individualité. Il est étroitement lié à la conscience et à l'identité personnelle. Le hamr permet des transformations spirituelles et physiques, comme celles des guerriers berserkers ou ulfheðnar (guerriers ours ou loups en ces périodes), capables de prendre une forme métaphorique ou symbolique dans des états de transe. Cette faculté de métamorphose illustre la malléabilité du hamr, qui reflète la nature spirituelle et changeante de l'individu.
En résumé, le hamr est l'aspect spirituel qui peut se manifester sous d'autres formes, mais qui reste toujours lié à l'individu.
Le Hugr
Le hugr, ou corps mental, est l'esprit rationnel et la capacité à acquérir et utiliser des connaissances. Il incarne la conscience réfléchie, l'intellect et l'intuition. Le hugr reste attaché au corps physique jusqu'à ce que celui-ci se décompose entièrement ou soit incinéré. Ce n'est qu'à ce moment que le hugr entame son voyage vers l'au-delà, où il continue à exister sous une autre forme. Cette transition souligne l'importance du corps physique comme support temporaire de l'esprit.
La Fylgja
La fylgja est une entité tutélaire et protectrice, souvent décrite comme l'âme de l'individu ou d'un clan. Elle est intrinsèquement liée à la destinée et agit comme un guide spirituel. La fylgja se manifeste souvent sous la forme d'un animal (comme un renard, un loup ou un oiseau par exemple) et reflète la personnalité ou les qualités de l'individu. Si elle apparaît directement à l'individu en dehors des rêves, cela est perçu comme un présage de mort imminente. Après la mort de la personne à laquelle elle est attachée, la fylgja peut continuer à exister, perpétuant son rôle de gardienne et de guide sur le même plan physique que celle de la vie.
La Hamingja
La hamingja est la force tutélaire liée à une lignée familiale. Elle incarne la chance, le destin et la prospérité du clan, ainsi que son héritage spirituel. Cette force n'est pas limitée à un individu unique, car elle peut être transmise au sein d'une même famille, de génération en génération. La hamingja veille sur le comportement des descendants et peut quitter une personne si elle ne respecte pas les valeurs qu'elle véhicule au sein de la famille ou du clan. À la mort de l'individu, la hamingja peut être réattribuée à un autre membre de la famille, assurant ainsi la continuité de son influence protectrice et de ces valeurs.
Ces cinq composantes offrent une vision profondément spirituelle et holistique de l'être humain selon les croyances nordiques. Elles soulignent une connexion indissociable entre le corps physique, l'esprit, l'âme, et le destin collectif. Ensemble, elles révèlent une conception où l'existence individuelle est intimement liée à l'environnement, aux ancêtres, et aux cycles de la vie et de la mort. Ces croyances témoignent d'une vision cyclique et interconnectée de l'univers, où la mort n'est pas une fin, mais plutôt une transformation vers autre chose.
Les rites funéraires et le voyage vers l’au-delà
Le départ du défunt vers le royaume des morts était marqué par des rites funéraires complexes. Nous pouvons citer comme exemple, le "sjaund" ( du mot "sjau", sept en vieux norrois), célébré sept jours après les funérailles, qui symbolisait le début de ce voyage. Selon les croyances, le "hugr" (l’esprit) du défunt ne pouvait quitter ce monde qu’une fois le corps totalement décomposé ou incinéré.
Cette cérémonie marquait un moment clé dans les rites funéraires et était accompagnait de la gravøl, littéralement la "bière funéraire".
Le sjaund était donc une fête rituelle où l’on partageait des mets abondants et où l’on se livrait à des réjouissances. Ce festin avait pour but d’assurer la paix de l’âme du défunt et de lui permettre d’entamer sereinement son voyage vers le royaume des morts. En agissant ainsi, les vivants cherchaient à éviter que le défunt ne soit tenté de "marcher à nouveau" qui est une expression utilisée à l’Ere Viking pour désigner les revenants ( ou autrement dit les draugar).
Ce n’est qu’après avoir consommé la gravøl, acte symbolisant la clôture du rite funéraire, que les successeurs pouvaient aussi légitimement réclamer leur héritage ou, dans certains cas, le transfert de toute autorité détenue par le défunt. Cette tradition renforçait ainsi le lien entre les vivants et les morts, tout en assurant la continuité des responsabilités au sein de la communauté.
Les tombes étaient souvent perçues comme des "portes" (daudradura)vers l’au-delà. Les anciens scandinaves pensaient que le tumulus du défunt était comme un entre-deux monde, où les vivants pouvaient communiquer avec les morts pour recevoir des conseils ou des prémonitions. Ces tombes servaient à maintenir le lien avec les ancêtres tout en délimitant un espace sacré où leurs âmes pouvaient résider.
Autre exemple de rîte funéraires, les défunts étaient généralement entérrés ou brulés. Dans les deux cas, des sacrifices humains (et animal) étaient perpétrés. Les thrall (ou esclaves) du défunt étaient réunis à ce moment et l'on demandait à l'un d'eux de se désigner volontaire pour accompagner son maître dans la mort. Dans la mythologie nordique, cela permettait que quelqu'un continue de servir le maitre dans l'autre monde. À partir du moment où un de ses serviteurs s'était désigné, il ne pouvait pas revenir sur sa décision et était suivi par deux personnes jusqu'au jour de la cérémonie. Le thrall était alors enterré vivant avec son maitre lors d'une inhumation, ou brulé vif en cas de crémation.
Les aurores boréales : Un pont entre les vivants et les morts
Dans les croyances nordiques, les aurores boréales étaient parfois perçues comme des manifestations spirituelles liées aux défunts. Ces phénomènes lumineux, appelés norðrljós en vieux norrois ("lumières du Nord"), fascinaient les Scandinaves et étaient interprétés à travers une perspective spirituelle et mystique.

Les aurores boréales étaient souvent considérées comme une passerelle ou une connexion entre le monde des vivants et celui des morts. Elles pouvaient être vues comme un signe que les âmes des défunts entamaient leur voyage vers l'au-delà, traversant les cieux pour rejoindre les royaumes des morts auquels il
étaient destinés. Les anciens scandinaves voyaient dans ces lumières dansantes une preuve que les esprits continuaient d'exister et qu'ils étaient liés à la nature et aux cycles cosmiques.
Une croyance populaire parmi les peuples nordiques était que les aurores boréales représentaient les âmes des guerriers tombés au combat. On pensait qu'elles incarnaient l'éclat des armes des einherjar (guerriers héroïques) au Valhalla, se préparant à combattre lors du Ragnarök. Cette interprétation valorisait le courage et le sacrifice des guerriers, leur offrant un destin glorieux sous la lumière des cieux.
Certaines traditions décrivaient aussi les aurores boréales comme la danse des âmes des défunts. Les mouvements fluides et colorés des lumières dans le ciel étaient interprétés comme les esprits jouant ou célébrant dans l'au-delà.
Dans d'autres interprétations, les aurores boréales étaient vues comme un signe ou un présage envoyé par les dieux ou les ancêtres. Elles pouvaient annoncer des événements importants, comme des batailles, des changements de pouvoir, ou des périodes de transition dans la communauté.
Les royaumes des morts dans la mythologie nordique

Dans les croyances pré-chrétiennes, le destin d’un défunt après sa mort ne dépendait pas du jugement moral de son âme, comme la plupart des croyances modernes, mais des circonstances de sa vie ou de sa mort. Ainsi, le défunt pouvait avoir diverses destinations ou entre guillemets "plusieurs royaumes" qui pouvaient accueillir les morts, ils sont d'ailleurs décrits dans les textes nordiques :
La Valhöll (Valhalla) : Le domaine d’Odin, le plus célèbre, situé dans la partie d’Asgard appelée Gladsheim. Réservé à la moitié des guerriers tombés au combat (les einherjar). Il est dit que chaque jour, les einherjar s’entraînent inlassablement, s’affrontant dans des batailles épiques afin de se préparer pour le Ragnarök, l’affrontement final des dieux contre les forces du chaos. Le soir, tous les guerriers ressuscitent et se réunissent dans la grande salle pour festoyer.
Fólkvangr : Le champ de Freyja, où se rend l’autre moitié des guerriers morts au combat, ainsi que certaines femmes ayant connu une mort noble. Contrairement à la Valhöll, souvent associée à une gloire purement guerrière, le Fólkvangr est perçu comme un lieu d’équilibre entre noblesse et sérénité. Au cœur du Fólkvangr se trouve Sessrúmnir, une grande salle remplie de nombreux sièges, où Freyja offre un accueil chaleureux à ses élus. Les récits décrivent ce lieu comme un espace de convivialité et d’harmonie, bien qu’il soit moins décrit en détail que la Valhöll.
Helgafjell : La "montagne sacrée", où les membres d’un même clan ou d'une même famille, mènent une vie semblable à celle des vivants. Les défunts mènent des existences semblables à celles qu’ils avaient de leur vivant : festins, discussions, et moments partagés autour du foyer. Ce royaume met l’accent sur les liens familiaux et la continuité du clan dans l’au-delà. Ce lieu était généralement réservé à ceux qui avaient eut une vie exemplaire.
Le royaume de Rán : La demeure de la déesse Rán, épouse du géant Ægir, qui accueille ceux morts noyés en mer. Si les défunts marins reviennent assister à leur propre banquet funéraire, cela signifie qu’ils ont été acceptés par la déesse. Ce lieu illustre le lien étroit entre ces anciennes populations et la mer, essentielle à leur mode de vie, mais aussi redoutée pour ses dangers.
Helheim : Le royaume souterrain de la déesse Hel, fille de Loki et d’une géante, réservé à ceux morts de maladie ou de vieillesse. Ce lieu est souvent associé à des descriptions sombres et froides, mais il n’est pas un "enfer" au sens chrétien. Pour accéder à ce royaume, les morts doivent franchir le Gjallarbrú, un pont aux piliers d’or qui surplombe la rivière Gjöll, pour atteindre Helheim. Ce royaume est souvent décrit comme humide et glacial, avec une grande salle appelée Éljúðnir, dont les seuils et les rideaux portent des noms évoquant le malheur.
Náströnd (la rive des cadavres) : Un lieu sombre où les parjures, des meurtriers et les criminels subissent des tourments perpétuels. Les murs de la grande salle du Náströnd sont faits de serpents entrelacés, dont le venin forme une rivière toxique. Les âmes condamnées doivent marcher à travers cette rivière tout en étant dévorées par le serpent Níðhöggr, qui se repaît de leur sang. Contrairement à Helheim, qui accueille simplement les âmes des défunts ordinaires, Náströnd est explicitement un lieu de châtiment, incarnant l’idée de justice divine pour les actes graves commis de leur vivant.
Le culte des ancêtres et les interactions avec les morts
Les ancêtres jouaient un rôle essentiel dans la société viking, même une place centrale. Ils étaient honorés par des offrandes alimentaires et des rites destinés à maintenir leur bienveillance envers les vivants. Ces derniers croyaient que les défunts continuaient à vivre dans leur tombe, éprouvant les mêmes besoins que les vivants (faim, soif, chaleur). Le respect des morts et le maintien de ce lien étaient donc essentiels pour préserver l'équilibre et la prospérité d'un clan ou d'une famille.
Les morts étaient également consultés par nécromancie pour obtenir des réponses sur l’avenir ou demander leur protection. La nécromancie, accompagné de la pratique du seiðr ou útiseta (l’art de s’asseoir dehors pour entrer en transe), était une pratique courante à cet effet. Les tombes étaient également des lieux où se tenaient des rituels pour s'assurer de la bienveillance des ancêtres ou pour leur rendre hommage. Les apparitions des défunts étaient souvent considérées comme des messages importants pour l'avenir.
Les draugar : les morts qui hantent les vivants
Malgré l'attention portée aux morts, les relations avec les défunts pouvaient être perturbées par les draugar (revenants), des défunts mécontents ou vengeurs. Ces cadavres animés, dotés d’une force surnaturelle et de pouvoirs magiques, revenaient hanter les vivants pour régler des comptes ou protéger leurs trésors.

Les draugar avaient la capacité de nuire aux vivants en volant leur énergie vitale, en attaquant leur esprit ou leur corps, ou en provoquant des malheurs dans leur famille. Pour éviter ce genre de trouble, des précautions rituelles étaient prises lors des funérailles, comme par exemple le placement de lourdes pierres sur le corps du défunt, des prières destinées à apaiser leurs esprits, la liaison des pieds dans les tombes pour ne pas qu'il puisse se déplacer si il revenait à la vie, la crémation des restes du corps du défunt ou même parfois la décapitation.
L’impact du christianisme sur les croyances funéraires
Avec la conversion des Scandinaves au christianisme, les rites funéraires ont évolué eux aussi avec les croyances :
L’inhumation en terre consacrée remplaça la crémation.
Les tombes furent réunies dans des cimetières proches des églises, marquant un passage de la sphère privée à la sphère collective.
Les croyances païennes sur les royaumes des morts se mêlèrent à des concepts chrétiens, comme le Jugement dernier et la résurrection des corps.
Malgré ces changements, certaines pratiques pré-chrétiennes, comme la peur des revenants ou les rites liés aux ancêtres, persistèrent durant plusieurs siècles.
Sources
Idavoll
Dictionnaire de la Mythologie Germano-scandinave Tomes 1 et 2, Rudolf Simek, éd. du Porte-Glaive
Les Vikings, Histoire, Mythes, Dictionnaire, de Régis Boyer, éd. Robert Laffont p. 636 - 643
La Mort chez les Anciens Scandinaves, de Régis Boyer, éd. Les belles Lettres
Nous les appelons Vikings, ss la dir. de Gunnar Andersson, éd. du Château des ducs de Bretagne, p.143-168
Voyage chez les Bulgares de la Volga, Ibn Fadlan, éd. Sindbad
The Road to Hel: A Study of the Conception of the Dead in Old Norse Literature, Hilda Ellis Davidson, éd. University of Michigan Press. p. 161 à 163
Norse Ghosts: A Study in the draugr and the haugbui, Nora K. Chadwick, Folklore Vol. 57
gravøl
Oseberg - In the grave, Oseberghaugen
Viking women
The Walking Dead: draugr and Aptrgangr in Old Norse Literature
Deviant burials in Viking Age Scandinavia
Homicide and Suicide in Viking Age Scandinavia



En lisant cet article sur la vision de la mort chez les anciens Scandinaves, j’ai tout de suite été happée par la richesse de ces croyances, un peu comme quand je parcours https://www.homefitzone.fr/ pour découvrir des univers inattendus. La façon dont les Vikings percevaient l’au-delà, non pas comme une fin mais comme une continuité, est vraiment fascinante. On sent un rapport très concret entre le monde des vivants et celui des morts, presque comme si les deux se frôlaient en permanence.
J’ai particulièrement aimé la partie sur les différentes composantes de l’être humain. Cette idée que plusieurs forces cohabitent en nous, chacune ayant un rôle bien défini, donne une profondeur incroyable à leur vision de l’existence. Cela m’a rappelé ces moments…