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À la rencontre de Jara : autrice de vivre l’Ásatrú et la transmission des traditions nordiques

15 oct.
12 min de lecture

Pour ce nouvel interview, je vous emmène à la rencontre de Lisa Pradeilhe, connue sous son nom d’autrice Jara. Pratiquante de l’Ásatrú depuis une dizaine d’années et qui consacre également une grande partie de son travail aux traditions nordiques, à leur histoire et à leur transmission.


Autrice de plusieurs ouvrages consacrés notamment aux runes, aux fêtes et aux traditions nordiques, Jara s’intéresse également au reconstructionnisme et aux moyens de comprendre les pratiques anciennes malgré des sources que nous retrouvons parfois fragmentaires.


Dans cet entretien, nous avons parlé de son parcours spirituel, de sa relation aux divinités et aux ancêtres, de la pratique des blóts, de l'association Brimir qu'elle a créée, mais aussi de son travail de recherche et d'écriture.


Note : cet article restitue les propos et la vision personnelle de Jara au cours de notre entretien. Lorsqu'elle évoque des hypothèses ou des interprétations concernant les pratiques anciennes, celles-ci sont présentées comme telles et ne doivent pas être considérées comme la vision unique existante. Nous avons tous notre propre vision quand il s'agit de spiritualité.

Avant de commencer voici ses différents liens :


I. De la chrétienté à l’Ásatrú


Le parcours de Jara vers l’Ásatrú n'a pas commencé directement avec les anciennes traditions nordiques. Durant son enfance, elle a grandi dans un environnement scolaire catholique et a suivi de nombreux cours de catéchisme malgrès que sa famille ne soit pas à première vu croyante. Au collège et au lycée, elle se considérait donc comme chrétienne et pouvait aller prier à l'église régulièrement.

En parallèle à ses croyances, elle développait déjà un intérêt pour l'ésotérisme et notamment pour les runes, qu'elle connaissait et pratiquait elles aussi régulièrement. C'est finalement à l'université que son rapport aux croyances va progressivement évoluer. Curieuse de découvrir la mythologie nordique, elle commence à lire l’Edda poétique qui va finalement marqué un tournant dans sa vie religieuse car cette découverte va progressivement modifier sa manière de voir les divinités nordiques.


Elle me rapporte qu'il n'y a pourtant pas eu de décision précise, ni de moment particulier où elle aurait décidé de « changer de religion ». Elle explique que son évolution s'est faite progressivement, presque naturellement :

« Il n’y a pas eu de moment précis où j’ai décidé de devenir païenne. »

Au départ, Jara se définissait simplement comme polythéiste. C'est en poursuivant ses recherches qu'elle découvre progressivement le terme Ásatrú et commence à mieux comprendre les divinités et les traditions nordiques. Aujourd'hui, elle pratique l'Ásatrú depuis environ dix ans et explique que cette foi a également profondément influencé son parcours personnel et professionnel. Elle vit désormais à la campagne, est devenue paysanne (son métier principal) et poursuit parallèlement son travail d'écriture et de recherche sur les traditions nordiques.



II. Qu'est-ce que l'Ásatrú ? Les divinités et la place des ancêtres.

Lorsqu'on lui demande comment elle expliquerait l'Ásatrú à quelqu'un qui ne connaît pas ces croyances, Jara ne commence pas par une liste de dieux ou de mythes. Elle parle avant tout de lien, ceux notamment avec les ancêtres, les divinités ancestrales, le sacré et la nature.

« C’est un lien avec le sacré, les ancêtres, les divinités, la nature et tout ce qui nous entoure. »

Cette conception se retrouve également dans sa propre vie. Pour Jara, la religion n'est pas quelque chose qu'elle met de côté à certains moments de la journée : elle fait partie intégrante de son quotidien, du matin au soir.


Parmi les divinités qui occupent une place particulière dans la pratique de Jara se trouve Heimdallr, auquel elle a consacré un livre entier. Mais si les divinités occupent une place importante dans son parcours, son rapport aux ancêtres a lui aussi beaucoup évolué car elle explique leur accorder aujourd'hui une importance plus grande qu'auparavant. Notion très importante dans le culte Asatru.


Lorsqu'elle parle des ancêtres liés aux anciennes traditions scandinaves, Jara précise par ailleurs qu'elle ne pense pas avoir d'ascendance scandinave. Elle évoque plutôt des origines qu'elle associe notamment aux populations germaniques, continentales, slaves et italiennes, et explique se sentir davantage concernée par ses ancêtres germaniques sans oublier ses ancêtres slaves et italiens dont elle étudie également les traditions.


Cette importance donnée aux ancêtres rejoint finalement sa définition de l'Ásatrú : une religion qui ne se limite pas à la relation entre le pratiquant et les divinités, mais qui implique également un rapport au passé, à la famille et à ceux qui nous ont précédés.


III. Les blóts et la pratique communautaire

Si Jara pratique quotidiennement de son côté, les grands rites de l'année (4 principaux, Jolablot, Sigrblot, Vetrnaert et Midsummar ) prennent principalement une dimension communautaire. Elle participe notamment aux cérémonies organisées avec Brimir, l'association qu'elle a créée qui a pour but de transmettre les pratiques nordiques acquises notamment via la voie du reconstitutionnisme.


Les rites sont des moments permettant de se réunir avec d'autres pratiquants de l'Ásatrú et de partager à la fois avec les dieux et avec la communauté. Elle insiste également sur le fait que ces cérémonies ne sont jamais totalement identiques.


L'association organise quatre grands moments rituels au cours de l'année :

  • les Nuits d'hiver, en octobre ; (Vetrnaert)

  • Jol, en janvier ;

  • un blót au printemps (Sigrblot);

  • le milieu de l'été, Midsummar.




Jara officie actuellement lors de ces cérémonies, même si elle souhaiterait à terme pouvoir transmettre cette fonction à quelqu'un d'autre pour prendre le relais.

L'objectif de Brimir est plutôt de mettre les informations nécessaires à disposition afin que chacun puisse progressivement devenir autonome dans ses recherches et ainsi dans sa pratique.


IV. Brimir : transmettre les traditions nordiques


Créée au début de l'année 2025, Brimir est comme nous l'avons déjà évoqué, une association culturelle consacrée aux traditions nordiques. Son objectif est notamment de faire connaître ces traditions et d'organiser des célébrations, notamment les rites saisonniers. Mais l'association ne s'adresse pas uniquement aux personnes déjà pratiquantes car elle rassemble également des personnes simplement intéressées ou curieuses de découvrir cet univers. Que ça soit l'univers des anciennes traditions nordiques, du reconstitutionnisme ou tout simplement d'histoire.


L'une des particularités mises en avant par Jara est la volonté de favoriser l'autonomie, c'est-à-dire que via la transmission, quelqu'un qui viendra les trouver pour arriver à pratiquer seul va pouvoir repartir avec son propre bagage pour se sentir autonome dans ses propres pratiques.

Brimir cherche ainsi à transmettre des informations et à donner accès à une bibliothèque numérique permettant aux personnes intéressées de poursuivre elles-mêmes leurs recherches. Cette démarche correspond finalement assez bien à la manière dont Jara envisage son propre travail : plutôt que de présenter une vérité unique, donner des outils permettant de chercher, comparer et réfléchir.


V. Peut-on vraiment reconstituer les pratiques dites anciennes ?


L'une des questions centrales de notre entretien concernait la différence entre l'Ásatrú moderne et les croyances pratiquées à l'époque dite « viking ». Pour Jara, il est impossible de reproduire exactement les rites anciens pour plusieurs raisons.

  • La première raison est évidente : notre société n'est plus celle dans laquelle ces pratiques existaient et à dû évoluer à sa manière. Les structures sociales ont changé, tout comme les personnes qui organisent les cérémonies et leur place dans la communauté.

  • La seconde, qui créée toute une autre difficulté est fondamentale : les sources dont nous disposons sont incomplètes. Certaines informations proviennent par ailleurs de textes rédigés dans un contexte chrétien, parfois longtemps après la période à laquelle ils font référence. Il est donc difficile de jauger ce qui a pu être influencé ou non par cet oeil extérieur à ses peuples. Il faut donc parfois essayer de combler les lacunes à partir des éléments disponibles.


Pour Jara, cela implique nécessairement de formuler des hypothèses. Et une hypothèse peut être fausse, il faut garder tout celà à l'esprit. Elle considère néanmoins qu'il vaut mieux essayer de reconstruire de manière raisonnée que de renoncer totalement à la pratique. Cette idée se retrouve au cœur de sa conception du reconstructionnisme : il ne s'agit pas de prétendre pouvoir reproduire parfaitement le passé, mais de travailler à partir des éléments dont nous disposons pour nous en rapprocher le plus possible.


Les lacunes des sources ont amené Jara à s'intéresser à une méthode particulière : le comparatisme indo-européen. Au début de ses recherches, elle explique avoir principalement étudié les "Vikings", avec parfois l'impression de tourner en rond. Le comparatisme lui a permis d'élargir son champ de recherche. Alors qu'est-ce que c'est ? Il s'agit d'aller étudier des traditions considérées comme ayant une origine commune (une sorte d'ancêtre commun comme si nous remontions notre arbre généalogique), certaines ressemblances peuvent offrir des pistes pour réfléchir à des éléments qui ne sont pas directement documentés dans les sources nordiques.

Mais Jara insiste sur une limite importante : ces comparaisons ne permettent pas d'obtenir des certitudes. Elles permettent de formuler des réponses probables, et non de prétendre savoir exactement comment les choses se déroulaient.

" On ne peut pas tout affirmer. "

Cette distinction entre certitude, hypothèse et interprétation est particulièrement importante lorsqu'on travaille sur des périodes historiques dont les sources sont fragmentaires.



VI. Les sources : entre Eddas, sagas et histoire




Qu'il s'agisse de sa propre pratique, de ses livre ou de son amour pour le reconstitutionnisme, pour ses recherches, Jara s'appuie notamment sur la littérature islandaise.

Parmi ses principales sources figurent :

  • l'Edda poétique ;

  • les sagas islandaises ;

  • l'Histoire des rois de Norvège ;

  • les textes de Snorri Sturluson ;

  • l'Edda en prose.

  • Les études comparatives de Georges Dumézil.


Elle rappelle ainsi que la littérature islandaise constitue une part particulièrement importante des sources écrites utilisées pour étudier le monde scandinave. Mais utiliser ces sources implique également de savoir reconnaître leurs limites. L'un des principes qui ressort fortement de son travail est qu'il faut accepter de dire « nous ne savons pas » lorsque les sources ne permettent pas de conclure une piste.

Pour Jara, lorsqu'une source affirme une chose et qu'une autre en affirme une différente, il faut présenter ces contradictions au lecteur plutôt que de choisir arbitrairement une version.

Elle considère donc qu'un auteur doit être capable d'expliquer ce qui est certain ; ce qui est incertain ; ce qui n'est pas documenté ET ce qui fait l'objet de plusieurs interprétations.


Cette question de la fiabilité des informations est particulièrement importante pour elle car elle observe notamment que certaines informations présentées aujourd'hui comme des traditions ancestrales ne sont pas nécessairement confirmées par les sources.

Elle prend l'exemple du calendrier et des fêtes. Selon elle, les solstices et les équinoxes sont parfois présentés comme des dates fixes traditionnelles de célébration alors que les sources ne permettent pas nécessairement de les considérer comme telles. Elle insiste notamment sur le fait que les Scandinaves utilisaient un calendrier luni-solaire et que les sources évoquent des célébrations liées aux cycles lunaires, notamment aux nouvelles et pleines lunes. Ce qui rends du coup la question de la date fixe impossible.


Cette question illustre un problème plus général que nous pouvons retrouver dans énormément de domaine : certaines conceptions modernes peuvent finir par être répétées si souvent qu'elles donnent l'impression d'être anciennes, même lorsqu'elles ne sont pas attestées comme telles.


Pour Jara, le reconstructionnisme demande donc non seulement de connaître les sources, mais également de comprendre le fonctionnement et l'éthique des sociétés que l'on cherche à étudier.


On ne peut donc pas véritablement faire du reconstructionnisme sans essayer de comprendre les valeurs et le fonctionnement des sociétés anciennes. L'un des exemples que Jara donne concerne la place de la communauté.

=> Nos sociétés contemporaines sont très individualistes. Dans les sociétés anciennes qu'elle étudie, l'individu était au contraire beaucoup plus dépendant de son groupe. La famille et la communauté avaient une importance considérable.

Pour comprendre cette notion, elle évoque notamment le bannissement : être exclu de sa communauté pouvait avoir des conséquences extrêmement graves puisque la survie dépendait largement du groupe.


Cette différence de fonctionnement est essentielle lorsqu'on cherche à comprendre les anciennes traditions. Il ne suffit donc pas de reproduire un vêtement, un objet ou un rituel : il faut également essayer de comprendre la société dans laquelle cet objet ou ce rituel avait un sens pour arriver à le reconstruire.



VII. De la poésie aux livres sur les traditions nordiques.

Jara n'est pas devenue autrice uniquement à travers ses recherches sur l'Ásatrú.

Elle rapporte écrire depuis le collège et a commencé dans un première temps parla poésie. Son premier livre, publié alors qu'elle avait 18 ans, était d'ailleurs un recueil de poèmes.

Dans un second temps, elle s'est ensuite tournée vers le roman, notamment avec des ouvrages de fantasy intégrant des références mythologiques grecques, romaines et parfois nordiques. Ce n'est que plus tard que ses recherches sur les traditions nordiques vont prendre une place importante dans sa bibliographie.

Son premier ouvrage consacré à ce domaine est Mémo Runes, un petit guide consacré aux runes qui finalement n'était pas programmé. À l'origine, le projet devait accompagner des runes qu'elle fabriquait pour son magasin. Mais les personnes intéressées ont commencé à vouloir acheter le livret indépendamment des runes.

Le projet a donc évolué pour devenir un véritable livre avec le temps.


Son succès pendant la période du Covid l'a notamment aidée à développer sa présence sur Instagram et à poursuivre son travail d'autrice autour des traditions nordiques.


Niveau méthodologie, lorsqu'elle prépare un livre, Jara commence généralement par établir un plan détaillé comprenant les différents chapitres et sous-chapitres.

Mais le plan n'est pas figé. Les recherches occupent une place considérable dans son travail et peuvent même modifier complètement la structure initialement prévue.

Une découverte peut ainsi entraîner l'ajout d'un nouveau chapitre ou modifier la manière dont un sujet doit être présenté.

Pour elle, la recherche prend d'ailleurs souvent davantage de temps que l'écriture elle-même. Cette méthode montre une nouvelle fois l'importance qu'elle accorde aux sources dans son travail d'autrice mais avec une subtilité, elle ne prétend pas détenir systématiquement la vérité. Par exemple, lorsqu'elle rencontre deux sources contradictoires, elle ne cherche pas nécessairement à choisir une version et à l'imposer au lecteur.

=> Elle préfère présenter les différentes possibilités.


Pour elle, l'honnêteté intellectuelle consiste justement à dire lorsqu'on ne sait pas au lieu d'essayer de convaincre un lecteur pour simplement avoir une réponse.

Cette approche est particulièrement importante dans les domaines historiques et religieux où les sources sont parfois incomplètes. Elle critique ainsi certains ouvrages qui présentent comme « ancestraux » des éléments qui ne sont pas confirmés par ou les sources ou les recherches historiques et découvertes archéologiques.

Son objectif est donc moins de fournir systématiquement une réponse définitive que de permettre au lecteur de comprendre ce que l'on sait, ce que l'on suppose et ce que l'on ignore encore et de mettre en place une reflexion.



Des runes aux fêtes nordiques


Les livres de Jara tournent principalement autour des traditions nordiques, des célébrations, des fêtes et des runes.


Elle cherche notamment à approfondir dans chaque nouvel ouvrage des thèmes déjà abordés auparavant. Parmi ses travaux figure Vivre l’Ásatrú, consacré à la pratique et aux fêtes de cette religion où tout le nécessaire pour débuter sa pratique est expliqué ainsi que sa propre interprétation.

Elle explique également avoir travaillé sur un ouvrage destiné aux débutants, abordant notamment la mythologie, les runes et l'archéologie sans entrer trop profondément dans chacun de ces domaines.


Son approche consiste ainsi à proposer différents niveaux d'entrée dans le sujet, selon les connaissances du lecteur. Mais à côté Jara ne manque pas de projets. Même si son travail actuel est largement consacré aux traditions nordiques, elle aimerait également explorer d'autres civilisations anciennes, notamment les Hittites ou la Perse antique.


Elle évoque également un projet plus ambitieux autour du comparatisme indo-européen, consacré notamment à la manière dont certaines traditions associent l'acquisition du savoir à une épreuve pouvant prendre la forme d'une mort initiatique. (à l'image du dieu Odinn qui s'est pendu à l'arbre monde pour recevoir les sagesses des runes dans les traditions nordiques).


Son conseil pour découvrir l'Ásatrú aujourd'hui.


Alors, finalement, par où commencer lorsque l'on souhaite découvrir l'Ásatrú ou les anciennes traditions nordiques ?


Le premier conseil de Jara est de ne pas nécessairement commencer par les livres que l'on trouve dans les rayons ésotériques. Elle estime que l'on peut y rencontrer beaucoup de contenu New Age ou d'informations présentées comme historiques sans que leur fiabilité soit toujours suffisante.

=> Elle conseille plutôt de se tourner vers des universitaires et des auteurs sérieux, tout en gardant un regard critique sur les ouvrages disponibles car pour elle, mythologie et histoire sont complémentaires.


On peut commencer par l'une ou l'autre selon ses préférences, mais les deux finissent par se rejoindre lorsqu'on cherche à comprendre les anciennes traditions nordiques.



Conclusion : entre foi, recherche et transmission


L'autel personnel de Jara utilisé pour ses propre pratiques.
L'autel personnel de Jara utilisé pour ses propre pratiques.

À travers cet entretien, Jara présente une vision de l'Ásatrú qui dépasse largement l'image parfois simplifiée que l'on peut rencontrer sur Internet.

Pour elle, cette religion est avant tout un lien : avec les divinités, les ancêtres, la nature, le sacré et la communauté.

Mais son parcours montre également que pratiquer une tradition et l'étudier historiquement sont deux démarches qui peuvent dialoguer sans nécessairement être confondues.


C'est probablement l'un des points les plus intéressants de son approche et de notre entretien.

D'un côté, il y a sa foi personnelle, vécue quotidiennement. De l'autre, il y a son travail d'autrice et de chercheuse, qui l'amène à étudier les textes, comparer les sources et accepter les zones d'incertitude. Cette distinction est particulièrement importante lorsqu'on s'intéresse au reconstructionnisme car reconstituer une tradition ancienne ne signifie pas forcément prétendre pouvoir reproduire exactement ce qui existait il y a plusieurs siècles. Les sources sont incomplètes, c'est un fait inchangeable, les sociétés ont changé et certaines informations resteront probablement à jamais inconnues. Le travail consiste alors à avancer avec les éléments dont nous disposons, à formuler des hypothèses lorsque cela est nécessaire, mais surtout à savoir reconnaître la différence entre ce qui est attesté, ce qui est probable et ce qui relève d'une reconstruction moderne.

Et c'est finalement cette volonté de chercher, de comparer et de transmettre qui semble relier les différentes facettes du travail de Jara : la pratiquante, la chercheuse et l'autrice.

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