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⚔️​🌲​Les Neuf Nobles Vertus de l'Ásatrú : entre héritage nordique et construction moderne

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Parmi les concepts les plus connus de l'Ásatrú moderne (courant néo-païen germanico-nordique) figurent les célèbres « Neuf Nobles Vertus » (Nine Noble Virtues). Elles sont souvent présentées comme un code moral hérité directement des anciens peuples germano-scandinaves. Pourtant, lorsque l'on se penche sur les sources historiques, la réalité apparaît plus nuancée.


Contrairement à une idée largement répandue, il n'existe aucun texte médiéval connu qui énumère ces neuf vertus sous cette forme. Aucun passage de l'Edda poétique, de l'Edda en prose ou des sagas islandaises ne présente une liste officielle comparable à celle utilisée aujourd'hui dans les courants de l'Ásatrú. Cela ne signifie pas pour autant que ces vertus soient sans fondement. Bien au contraire : elles constituent une tentative moderne de synthétiser certaines valeurs que l'on retrouve effectivement dans les textes anciens (les sagas plus précisément): le courage face à l'adversité, l'importance de l'honneur, la fidélité à sa parole, la générosité ou encore la persévérance face au destin.


Cette semaine je vous emmène avec moi dans la reconstitution moderne de la spiritualité des anciens peuples scandinaves. L'objectif de cet article n'est donc pas de déterminer si les Neuf Nobles Vertus sont « vraies » ou « fausses », mais de comprendre leur origine, leur évolution et leur rapport avec les sources nordiques historiques. Aller ! C'est partie, prenez votre hache, installez vous confortablement pour les minutes à venir et nous allons nous plonger ensemble dans cette analyse.


Image d'illustration d'article créée par IA.
Image d'illustration d'article créée par IA.

Entre reconstruction moderne et héritage ancien, les Neuf Nobles Vertus offrent un exemple fascinant de la manière dont les traditions spirituelles contemporaines tentent de renouer avec un passé parfois fragmentaire qui n'a laissé que peu de trace.


I. Que sont les "Neuf Nobles Vertus" ?


Une éthique moderne inspirée du monde nordique


Avant de tous commencer, il est important de définir les notions principales de l'articles, que vous soyez simple curieux, chercheurs de nouvelles connaissances ou pratiquant dans cette spiritualité, une petit piqûre de rappel ne fait de mal à personne. Les Neuf Nobles Vertus constituent aujourd'hui l'un des cadres éthiques les plus répandus dans les mouvements Ásatrú, Odinistes et néopaïens germaniques.


Sous leur forme la plus courante que l'on peut trouver parmis les communautés pratiquants ces spiritualités, elles sont :

  • Le courage

  • La vérité

  • L'honneur

  • La fidélité

  • La discipline

  • L'hospitalité

  • L'autonomie (ou l'indépendance en fonction des interprétations)

  • Le travail

  • La persévérance


Certaines groupes, communautés ou organisations utilisent des formulations légèrement différentes, mais l'esprit général de se code d'honneur demeure similaire.


Ces vertus sont conçues comme des principes permettant au pratiquant de développer une vie équilibrée, honorable et cohérente avec les valeurs attribuées aux anciens peuples nordiques et à leurs manières de vivre en société. L'honneur était incontestablement importante pour les anciens peuples, voir même LA chose la plus importante à conserver. On peut d'ailleurs l'observer de nombreuses reprise à la lecture des "Dit du très Haut" ou "Havamal", texte majeur des sagesses nordique dans lequel Odin, déguisé en vieil homme errant, offre à son hôte involontaire un cadeau de sagesse en échange d'hospitalité, en commençant par une sagesse anecdotique et des conseils pour vivre une bonne vie. :

"76. Meurent les biens, Meurent les parents, Et toi, tu mourras de même; Mais la réputation ne meurt jamais, Celle que bonne l'on s'est acquise."

Elles ne constituent bien sûr pas des commandements divins comparables aux Dix Commandements que nous pouvons retrouver dans le christianisme mais sont plutôt des idéaux vers lesquels tendre pour pouvoir s'élever.


Face à des textes anciens parfois complexes à comprendre, fragmentaires ou contradictoires, elles permettent de résumer en quelques principes les valeurs généralement associées à l'univers de la vie et la croyance nordique. En plus de bien résumer cette philosophie, elles répondent également à un besoin moderne tout en "conservant" ce que nous pouvons comprendre des traditions de l'époque.

De nombreux pratiquants recherchent aujourd'hui une spiritualité qui ne repose pas uniquement sur les croyances, mais aussi sur une éthique quotidienne et c'est ici que les "Neuf Nobles Vertus" remplissent précisément cette fonction.

=> Elles invitent à réfléchir à la manière dont nous vivons : nos relations, notre travail, notre parole = nos engagements mais aussi notre rapport à la communauté.


Une vision plus moderne qu'ancienne

Point essentiel à prendre en compte, Il est important de retenir que les sociétés scandinaves médiévales ne fonctionnaient probablement pas selon un ensemble aussi clairement défini de vertus mais en se référant à elles, nous pouvons nous rapprocher le plus possible de ce que nous pouvons appeler "la morale nordique ancienne" qui était davantage fondée sur : l'honneur personnel, les liens familiaux et leurs importances, les obligations réciproques et la réputation.


II. Une création moderne souvent méconnue


Une origine bien plus récente qu'on ne l'imagine

L'une des plus graaaaaaaaandes idées reçues concernant les "Neuf Nobles Vertus" est qu'elles seraient directement issues de l'époque viking (j'attend par là l'époque des conquêtes car "viking" était un statut comme "métier" et non le nom d'un peuple).

Or, les recherches historiques montrent que leur formulation actuelle est récente, très récente en réalité. La liste des Nine Noble Virtues apparaît dans les années 1970, pour être plus précis, au sein de mouvements de renouveau païen anglo-saxons. Elle est généralement attribuée à deux membres de l'organisation britannique connue sous le nom d'Odinic Rite :

  • John Gibbs-Bailey ;

  • John Yeowell (connu sous le nom de Stubba).

Leur objectif était de proposer une sorte de synthèse accessible des valeurs inspirées des traditions germaniques et nordiques à travers les leçons de morales que nous pouvions trouver lors de la lectures des sagas.


=> Les vertus n'ont donc pas été découvertes dans un manuscrit ancien mais élaborées à partir d'une interprétation moderne des sources historiques !!


Pourquoi les avoir créées ?

Les fondateurs de l'Ásatrú moderne se sont rapidement heurtés à une difficulté car contrairement à certaines religions ou courants spirituels possédant des textes sacrés prescriptifs, les traditions nordiques anciennes ne fournissent pas de code moral explicite car la transmission était principalement orale.

Nous savons que :

Une des nombreuses éditions Français du Havamal.
Une des nombreuses éditions Français du Havamal.
  • Les sagas racontent des histoires.

  • Les Eddas transmettent des mythes.

  • Le Hávamál offre des conseils de sagesse et de savoir-vivre.


=> Mais aucun de ces textes ne présente une liste simple de règles morales. Seulement de règles que nous pouvons interpréter selon notre propre vision et compréhension des choses à la lecture.


Les Neuf Nobles Vertus ont donc été conçues comme un outil pédagogique.



Les limites historiques de ce système

Même si ces vertus s'inspirent de valeurs présentes dans les sources nordiques, il serait inexact de les présenter comme « les valeurs officielles des Vikings ». Les historiens soulignent plusieurs problèmes :

  1. Tout d'abord, les sociétés scandinaves médiévales s'étendaient sur plusieurs siècles (800 pour les premiers raids, donc les sociétés étaient déjà existantes jusqu'à environ 1200 ap.JC) et plusieurs régions (Norvège, Suède, Danemark, Finland, Islande,....).

  2. Les coutumes d'un fermier islandais du Xe siècle n'étaient pas forcément identiques à celles d'un marchand danois du XIe siècle ou d'un chef norvégien du VIIIe siècle.

  3. Les sources elles-mêmes montrent parfois des comportements contradictoires. L'honneur pouvait par exemple conduire à la générosité, mais aussi à la vengeance. Ou encore, la fidélité qui pouvait entrer en conflit avec les intérêts familiaux.


Autrement dit, pour résumer la problématique, les textes nordiques présentent des êtres humains complexes, et non des héros suivant systématiquement un code moral uniforme qui pouvait aussi varier d'un territoire à un autre et d'une situation à une autre.


Une reconstruction assumée

Malgré que ce fait soit un fait très connu des pratiquants néo-païens, de nombreux pratiquants modernes continuent d'utiliser les Neuf Nobles Vertus.

Mais pourquoi ? Vous allez me dire. La réponse est simple, parce qu'elles ne prétendent pas nécessairement être une reproduction exacte du passé.

Pour beaucoup, elles représentent plutôt une reconstruction contemporaine inspirée de l'esprit général des sources. Elles servent alors de guide personnel pour avancer sur le cheminement spirituel plutôt que de vérité historique.


C'est cette distinction qui permet de les comprendre correctement : les Neuf Nobles Vertus appartiennent à l'histoire moderne de l'Ásatrú, même si leurs racines nous souvent plongent dans l'imaginaire et les valeurs du monde nordique ancien.


III. Les Neuf Nobles Vertus en détail


Une morale pragmatique plutôt qu'idéaliste

Avant d'aborder en détails les 9 Nobles vertues, il est important d'aborder que l'un des aspects les plus fascinants de la morale nordique est son pragmatisme. Les textes anciens ne présentent pas un monde divisé entre le bien et le mal ou en tout cas entre des action figées et catégorisées entièrement comme bien ou entièrement comme mal. Il faut le garder à l'esprit en étudiant les vertues modernes de l'asatru si on souhaite les intégrer comme un code moral.


Nous pouvons très bien le voir avec les personnages des sagas qui sont souvent très complexes : courageux mais violents, loyaux mais vengeurs,

généreux mais ambitieux...

=> Même les dieux ne sont pas parfaits. Odin ment parfois. Loki trompe régulièrement ses alliés. Thor agit souvent de manière impulsive et irréfléchie.


Cette absence de perfection morale distingue profondément la pensée nordique de nombreuses traditions religieuses plus tardives.


1. Le Courage

Le courage est probablement la vertu la plus facilement identifiable dans les récits nordiques. Les héros des sagas sont constamment confrontés aux problématiques de la guerre, l'exil, les catastrophes naturelles, les conflits familiaux et de clan, la mort, les famines. Pourtant, ils continuaient d'agir de te tenir la tête souvent haute pour continuer de vivre. Le courage nordique ne consiste pas à ignorer le danger mais plutôt à avancer malgré lui ET avec lui. Cependant attention, le courage nordique ne consiste pas à croire que l'on va forcément vaincre l'épreuve. Au contraire. L'idéal héroïque consiste souvent à continuer malgré la certitude de la défaite.


Si nous devions le retransccrire pour l'époque, la pensée nordique accorde une place importante au destin ( communément wyrd ou ørlög que nous traiteront prochainement), il était donc courant de considerer que certaines choses étaient inévitables et que nous devions les vivres quoi qu'il se passe. Le courage devenait alors plutôt la capacité à affronter ce qui ne peut être changé et d'arriver à le traverser malgré tout.

=> C'est aussi pourquoi les dieux eux-mêmes deviennent des modèles héroïques. Ils savent que le Ragnarök approche. Ils savent donc qu'ils mourront. Mais ils se battent malgré tout.


Aujourd'hui, dans l'Ásatrú moderne, le courage est souvent interprété comme le fait affronter ses peurs, défendre ses convictions, d'agir avec intégrité et de faire face aux difficultés de la vie en continuant de ce battre. L'accent n'est peut-être plus mis sur la guerre mais sur la résilience personnelle.



2. La Vérité

La vérité moderne évoque souvent (pour éviter de dire systématiquement) l'honnêteté absolue. Dans les sociétés nordiques anciennes, la situation était plus complexe à apréhender. Ce qui comptait avant tout était la fiabilité de la parole qui avait souvent une forte répercution sur l'honneur. Un individu devait être connu pour tenir ses engagements, ses serments, ses allégeances au défaut de prendre le risque d'être écarté. La vérité était donc étroitement liée à la réputation.


Fait intéressant pourtant, en analysant les récits mythologiques, Odin lui-même n'est pas toujours le plus honnête alors que nous pouvons le considérer comme ce qui pourrait être un des dieux les plus honorés du culte.

=> Il use parfois de ruse, de déguisements, de manipulations.

Mais cela montre aussi que les anciens Scandinaves ne considéraient pas la vérité comme une valeur absolue même si elle povuait nuire à la réputation comparable à certaines traditions religieuses modernes. Dans les fait, c'est un peu contradictoire, mais comme nous le disons souvent, sans trace historique retrouvé il est difficile d'avoir l'interprétation la plus juste possible.


De nouveau, dans l'Ásatrú contemporaine, cette vertu est généralement comprise comme de l'honnêteté, de la sincérité et de la cohérence entre les paroles et engagements prononcés et les actes qui suivront. Elle reflète davantage une interprétation moderne qu'un principe clairement formulé dans les sources anciennes.



3. L'Honneur

S'il existe bien par contre une vertu qui possède une base historique particulièrement solide et vérifier pour ces peuples, c'est bien l'honneur.

Elle déterminait à la fois la place sociale, la confiance accordée à la personne, la capacité à conclure des alliances solides mais aussi la mémoire laissée après la mort. La lignée était une chose indétronable chez eux, la place à l'ancêtre et aux réalisations pendant son vivant l'étaient également. La réputation était même plus importante que la richesse financière. L'honneur n'était donc pas seulement une question de vertu personnelle : il constituait une nécessité pour survivre dans une société où les alliances et la confiance jouaient un rôle fondamental.

Les sagas montrent régulièrement des personnages prêts à sacrifier leur confort ou leur sécurité pour préserver leur honneur. Cette importance accordée à la réputation est d'ailleurs résumée dans plusieurs strophes du Hávamál car la renommée survivait bien après la mort.


Aujourd'hui dans les pratiques où le choix de respecter les vertues est présent, cette vertu est souvent interprétée plutôt comme agir avec intégrité, respecter ses engagements (dans le sens où la parole est une parole est ne peut être brisée, valable pour les signatures également), assumer ses responsabilités et vivre selon ses principes ethiques. Elle restera probablement la vertu la plus directement inspirée des sources historiques.


4. La Fidélité

Vertue très liée à la précédante, la fidélité, mais la dans tous les sens du terme, on ne parlera pas que celle dans un couple ou dans la famille. Si nous regardons dans un premier temps le côté historique, dans les sociétés nordiques anciennes, la fidélité occupait une place essentielle elle aussi. Toutefois, il faut comprendre que cette notion ne correspond pas exactement à notre conception moderne de la loyauté.

Elle concernait avant tout les relations qui structuraient la société, c'est-à-dire, la famille, le clan, les alliés, les amis, mais aussi les compagnons d'armes et les chefs (jarls, rois,...). Le monde nordique reposait largement sur un système d'entraide et de protection mutuelle. Un individu isolé avait peu de chances de prospérer ou même plus simplement de survivre longtemps. La confiance accordée à une personne devenait donc une véritable richesse et lui permettait d'avancer dans la société.


Photographie d'une Stavkirke, l'église de Borgun, monument de culte apparue au moment de la christianisation des territoire nordiques où les non convertis continuaient leurs pratiques.
Photographie d'une Stavkirke, l'église de Borgun, monument de culte apparue au moment de la christianisation des territoire nordiques où les non convertis continuaient leurs pratiques.

Un peu moins connue mais la fidélité pouvait également faire référence à la loyauté dans le culte religieux, le fait de rester fidèle aux dieux et aux pratiques et de ne pas tourner le dos aux croyances enseignées.


Les sagas montrent fréquemment que les liens d'amitié et les serments prêtés entre individus étaient pris très au sérieux - en tout cas beaucoup plus qu'à notre époque. Trahir un allié pouvait entraîner non seulement une perte d'honneur, mais également l'exclusion de tout un réseau social qui pouvait parfois aller jusqu'à une exclusion du clan. Les récits nordiques révèlent quand même une réalité plus nuancée car la fidélité n'était pas toujours simple à maintenir. Elle demandait parfois


Aujourd'hui, cette vertu est généralement interprétée comme rester fidèle à ses engagements, soutenir ses proches, respecter sa parole et ses engagements et agir avec constance dans ses convictions. (Elle est souvent associée au concept moderne de Troth, un terme employé dans plusieurs courants de l'Ásatrú pour désigner la confiance mutuelle et la loyauté réciproque.)


5. La Discipline

La discipline fait partie des "Nobles Vertus" qui soulèvent le plus de débats parmi les historiens et les pratiquants modernes. Le mot lui-même n'apparaît évidemment pas dans les textes anciens sous la forme utilisée aujourd'hui. Pourtant, les sources montrent que les Scandinaves valorisaient fortement certaines qualités qui s'en rapprochent comme par exemple la maîtrise de soi, l'endurance mais aussi la patience et le fait d'être également rigoureux avec soi-même pour se tenir à ses propres principes. Dans une société où la survie dépendait largement du travail quotidien et de la préparation aux périodes difficiles, ces qualités étaient indispensables.

Le Hávamál contient plusieurs passages invitant à la prudence et à la retenue.

Odin y recommande notamment de réfléchir avant d'agir, de ne pas parler excessivement, d'observer l'ensemble de la situation avant de prendre une décision. Ces conseils montrent qu'une personne respectée devait savoir contrôler ses impulsions. C'est une discipline personnelle.


Pour en revenir à l'Ásatrú moderne, cette vertu est souvent comprise comme développer une pratique régulière, une fois de plus respecter ses engagements (autodiscipline), travailler sur soi-même et perséverer malgré les difficultés. Elle reflète davantage une adaptation contemporaine des valeurs de responsabilité et de maîtrise de soi présentes dans les sources anciennes.


6. L'Hospitalité

Parmi toutes les vertus modernes, l'hospitalité, au même titre que l'honneur est probablement l'une de celles qui possèdent les racines historiques les plus évidentes. Le climat rigoureux de la Scandinavie à cette époque et les difficultés du voyage rendaient l'accueil des étrangers particulièrement important. Refuser l'hospitalité à un voyageur pouvait avoir des conséquences dramatiques, c'est pourquoi les textes anciens insistent fréquemment sur l'accueil des visiteurs avec par exemple les histoires racontée sur le dieu Heimdall qui voyageait régulièrement sur les terres de Midgard pour tester l'hospitalité des foyers de toute classe sociale.


Le Hávamál débute précisément par des conseils liés à l'hospitalité. Le voyageur qui franchit le seuil d'une maison doit recevoir un siège, de la nourriture, de la chaleur et de l'eau pour se laver. Cette générosité n'était pas seulement un acte de bonté : elle faisait partie des obligations fondamentales de toute communauté.


Aujourd'hui, cette vertu est souvent comprise comme accueillir autrui avec respect, faire preuve de générosité et d'un bon accueil chez soi, créer des communautés solidaires et surtout pratiquer l'entraide. Elle demeure en général l'une des valeurs les plus universellement appréciées parmi les pratiquants.


7. L'Autonomie/l'indépendance.

Ici, l'autonomie est probablement l'une des vertus les plus modernes de la liste.

Aucune source médiévale ne la formule explicitement, aucune. Cependant, les sagas mettent fréquemment en scène des individus capables de prendre leurs propres décisions, assumer leurs actes et de faire face aux conséquences de leurs choix.

=> Cette capacité à se tenir debout par soi-même est d'ailleurs souvent admirée dans les récits nordiques.


Nous sommes tous d'accord que le fermier libre occupait une place centrale dans la société scandinave. Contrairement aux structures plus féodales du reste de l'Europe médiévale, de nombreux hommes libres possédaient leurs propres terres - même si elles faisait partie des terres attachées au territoire d'un jarl ou d'un roi - et participaient aux assemblées locales. Cette réalité a probablement contribué à valoriser l'autonomie et la responsabilité individuelle.

Dans l'Ásatrú contemporaine, comme nous l'avons évoquée, elle est très inspirée et interprétée des récits, et l'autonomie signifie généralement penser par soi-même, développer son propre discernement et non laisser quelqu'un penser à notre place, assumer ses responsabilités et surtout éviter la dépendance excessive envers les autres.


8. Le Travail

Image tiré de "La vie privé des hommes au temps des viking", Hachette.
Image tiré de "La vie privé des hommes au temps des viking", Hachette.

Celle-ci était sûrement un des apprentissages les plus importante dans les communautés scandinaves car avec les conditions de vie de l'époque, si le travail n'était pas quotidien et respecté, il était difficile de survire. Les anciens Scandinaves étaient avant tout agriculteurs, artisans, pêcheurs ou commerçants. La survie dépendait donc directement du travail accompli. Mais contrairement à certaines représentations populaires, les nordiques ne passaient pas leur temps à partir en expédition. La majorité de la population menait une existence rythmée par les travaux agricoles et les activités quotidiennes.


A travers les sagas, nous voyons qu'il y avait souvent une valorisation de l'effort, la compétence, due savoir-faire et de l'accomplissement personnel. Un individu paresseux est souvent présenté de manière négative. À l'inverse, les personnages travailleurs gagnent le respect de leur entourage.


Pour en revenir aux temps modernes, cette vertu est généralement comprise comme l'accomplissement des tâches avec sérieux, le développement de ses compétences, la contribution à sa communauté. Elle reflète une vision du travail comme expression de la volonté et du caractère.


9. La Persévérance

S'il existe une qualité qui traverse presque tous les récits nordiques et qui a pu inspiré grandement le "code d'honneur moderne", c'est bien la persévérance. Les héros des sagas affrontent souvent les tempêtes, l'exil, les pertes, les conflits, les épreuves du destin. Mais malgré tout, ils continuent d'avancer.


Contrairement et différemment au courage, qui concerne souvent l'action immédiate face au danger, la persévérance s'inscrit dans le temps. Vulgairement on pourrait dire que c'est : du courage à répétition sur une durée.

Elle consiste à ne pas abandonner, poursuivre ses objectifs, supporter les difficultés et rester fidèle à sa voie.


Du coté moderne, aujourd'hui, cette vertu est souvent comprise comme le fait de continuer malgré les obstacles, apprendre de ses échecs mais de continuer à avancer, avancer étape par étape et de rester fidèle à ses objectifs. Finalement, elle résume peut-être mieux que toute autre l'esprit héroïque souvent associé aux traditions nordiques.


Une synthèse moderne des valeurs nordiques

Après avoir examiné de plus prêt chacune des Neuf Nobles Vertus, un constat s'impose : elles ne proviennent pas directement d'un texte de culte ou religieux, mais elles ne sont pas non plus sorties de nulle part.


Le courage, l'honneur, la fidélité ou encore l'hospitalité trouvent effectivement des échos dans les Eddas, les sagas et les lois médiévales scandinaves. C'est un fait, mais cependant, leur regroupement en une liste unique à entre guillemet "a respecter" est le résultat d'un travail moderne de synthèse.

Les Neuf Nobles Vertus doivent donc impérativement être comprises comme une reconstruction contemporaine inspirée de certaines valeurs anciennes, et non comme un code moral officiellement transmis depuis l'époque viking. La suite vous regarde personnellement, si vous décider ou non de son intérêt dans votre propre éthique et code moral.


VI. Débats, critiques et limites historiques des Neuf Nobles Vertus.


Une popularité qui ne fait pas l'unanimité

Depuis leur "apparition officielle" dans les années 1970, les Neuf Nobles Vertus se sont largement diffusées dans les mouvements Ásatrú et néopaïens germaniques. Elles sont aujourd'hui enseignées dans de nombreuses communautés à travers le monde et constituent souvent l'une des premières portes d'entrée vers la spiritualité nordique contemporaine en proposant une certaines philosophie de vie.

Cependant, leur popularité s'accompagne également de nombreux débats. La principale critique formulée par les historiens et les reconstructionnistes concerne justement leur origine moderne. Contrairement à certaines affirmations encore répandues, nous avons pu voir que les Neuf Nobles Vertus ne proviennent d'aucun manuscrit connu : elles ne figurent ni dans les Eddas, ni dans les sagas, ni dans les lois médiévales scandinaves.

A défauts, pour certains chercheurs et praticiens, présenter ces vertus comme un héritage direct des nordiques risque donc de créer une image simplifiée, voire inexacte, de la pensée nordique ancienne mais d'un autre côté, même si elles ne sont pas directement énoncées comme préceptes à suivre, ce sont des valeurs qui sont facilement interprétables quand nous sommes face aux différentes lectures des récits anciens.


Le risque d'une vision trop uniforme du monde nordique de l'époque.

Une des autres critiques principales, concerne la diversité des sociétés nordiques. L'âge viking s'étend sur plusieurs siècles et couvre un vaste territoire comprenant notamment la Norvège, le Danemark, la Suède, l'Islande, certaines régions des îles britanniques et le Groenland.


A raison, ces populations ne formaient pas un bloc culturel parfaitement homogène car les coutumes, les croyances et les valeurs pouvaient varier selon les régions, les périodes et les contextes sociaux présents géographiquement. Vulgairement, en comparaison, ce serait dire que la culture bretonne, la culture méditéranéenne et la culture réunionnaise qui font toutes les trois parties d'entre guillemets de "la culture française" serait régits par les même code sociaux et moral qui font partis d'un seul bloc. Réduire cette diversité à neuf principes universels peut donc parfois donner l'impression d'une simplification excessive d'une réalité historique beaucoup plus complexe. Même si vous pouvez me l'accorder, nous retrouvons plus ou moins les mêmes valeurs dans des sagas et récit mythologiques différents.


Les arguments en faveur des Neuf Nobles Vertus

À l'inverse, de nombreux pratiquants défendent quand même leur utilisation. Ils soulignent que les "Neuf Nobles Vertus" n'ont jamais eu pour vocation d'être un document historique et qu'elles constituent avant tout une sorte d'outil pédagogique, d'un guide éthique et d'une synthèse accessible des valeurs inspirées des sources nordiques.


Dans cette perspective, leur intérêt ne réside pas dans leur ancienneté, ni dans du reconstitutionisme exact mais plutôt dans leur capacité à aider les pratiquants à intégrer certains enseignements dans leur vie quotidienne. Après tout, les traditions religieuses et spirituelles ont toujours évolué au fil du temps et si nous regardons la majorité, elles proposent toutes une sorte de code moral à introduire au quotidien. Les communautés modernes interprètent naturellement les textes anciens à la lumière de leur époque.


Conclusion


Au court de cet article sur "Les Neuf Nobles Vertus", nous nous sommes rendus compte qu'elles peuvent occupées aujourd'hui une place importante dans l'Ásatrú moderne. Elles offrent à de nombreux pratiquants un cadre éthique clair et accessible, inspiré des valeurs généralement associées au monde nordique ancien.


Cependant, l'étude des sources historiques invite à la nuance si nous désiront une reconstitution fiable. Aucun texte médiéval ne présente ces neuf vertus sous leur forme actuelle. Elles sont le fruit d'une réflexion moderne menée au XXe siècle par des auteurs souhaitant synthétiser certains enseignements des Eddas, des sagas et des traditions germaniques.

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Cette origine récente ne diminue pas nécessairement leur intérêt. Elle rappelle simplement qu'il est important de distinguer ce qui relève de l'histoire et ce qui relève de la reconstruction spirituelle contemporaine.

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Nous sommes tous d'accordp our dire que les anciens Scandinaves nous ont laissé un héritage complexe, parfois contradictoire, où l'honneur, le courage, la loyauté, la générosité et la persévérance occupaient une place essentielle sans jamais être codifiés dans un système unique.

=> Les Neuf Nobles Vertus peuvent ainsi être envisagées comme un pont entre le passé et le présent : non pas une vérité historique absolue, mais une tentative moderne d'incarner certaines valeurs que beaucoup perçoivent encore aujourd'hui dans les récits nordiques.


Comme souvent lorsqu'il est question de traditions anciennes, l'essentiel n'est peut-être pas de savoir si ces vertus sont parfaitement authentiques, mais plutôt de comprendre comment elles sont nées, ce qu'elles cherchent à transmettre et la manière dont elles continuent d'inspirer celles et ceux qui se tournent vers les dieux, les mythes et la sagesse du Nord. Dans tout les cas, personne n'a à vous dire ou vous imposer de les suivre ou non, c'est votre propre chemin spirituel et, avec cette analyse vous etes capable de décider vous même de l'intégration ou non de ces vertues dans votre pratique et votre quotidien.


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Sources et références 📚​

  • The Troth, « The Nine Noble Virtues » : https://thetroth.org/fr/resource/the-nine-noble-virtues/

  • Galdar Sechador, ses textes sur les Neuf Nobles Vertus.

  • Hávamál (Edda poétique)

  • Sigrdrífumál (Edda poétique)

  • Edda en prose de Snorri Sturluson

  • Les Sagas des Islandais (Íslendingasögur)


Ouvrages universitaires pour aller plus loin :

  • Rudolf Simek, Dictionary of Northern Mythology

  • Neil Price, The Children of Ash and Elm: A History of the Vikings

  • Jenny Jochens, Old Norse Images of Women

  • John Lindow, Norse Mythology: A Guide to Gods, Heroes, Rituals, and Beliefs

  • H.R. Ellis Davidson, Gods and Myths of Northern Europe

  • Else Roesdahl, The Vikings

  • Daniel McCoy, The Viking Spirit

  • Árni Óla, Daily Life in Iceland in the Saga Age

  • Jesse L. Byock, Viking Age Iceland















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